3.Le tourisme, une activité sous l’influence du climat et de la météo

Par M. LOOTVOET et J.-P. CERON

Relecteurs : P. ROSSELLO, E. GEORGE-MARCELPOIL, S. ROBERT et C. CHAIX

L ’attractivité touristique des départements littoraux de Provence-Alpes-Côte d’Azur dépend largement de son climat chaud et ensoleillé. Si la météo – le court terme – conditionne souvent la réussite du séjour, surtout pour les destinations balnéaires, le climat – le long terme – est un facteur de décision important dans le choix de la destination, même si les critères financiers prévalent.

Plage de la Pointe Rouge

À l’avenir, on peut imaginer que ce climat devienne moins attractif en été à cause des températures de l’air trop élevées (et peut-être aussi de l’humidité croissante en bord de mer), mais les touristes ont tendance à sous-estimer leur sensibilité à la canicule et placent le seuil acceptable de la température à un niveau pouvant engendrer des risques pour la santé. L’amélioration des conditions climatiques aux intersaisons pourrait par contre représenter une évolution positive pour limiter la surfréquentation de certains sites, éviter la saturation des hébergements et ainsi réduire l’exposition des touristes à certains risques (feux de forêt ou événements climatiques extrêmes, par exemple).

La question peut aussi se poser en termes de position concurrentielle des destinations. L’amélioration des conditions climatiques au nord de l’Europe n’incitera-t-elle pas certaines clientèles privilégiant actuellement les rives de la Méditerranée à passer les vacances d’été à proximité de leur lieu d’habitation ? Et les conditions climatiques favorables au printemps et à l’automne ne profiteront-elles pas plutôt aux destinations de la rive sud, plus fortement touchées par les excès de chaleur estivale ? Le tourisme estival en montagne ne va-t-il pas être privilégié par les vacanciers désireux d’éviter les périodes de canicule ? Dans tous les cas, on comprend que les stratégies, souvent déjà en place, basées sur la qualité de l’offre, l’accessibilité et la valorisation du patrimoine resteront payantes.

Dans la zone alpine du territoire, pour le tourisme hivernal, les domaines skiables situés en dessous de 1500 à 1800 mètres d’altitude (selon le versant…) seront les plus touchés et les plus vulnérables, en l’absence d’adaptation des activités. L’épaisseur du manteau neigeux tend en effet à diminuer et le seuil critique pour la rentabilité de la station risque d’être atteint plusieurs années successives. Pour ces stations en particulier, la diversification des activités économiques (tourisme, agriculture…) apparaît comme la seule alternative actuelle. Pour les stations situées en haute altitude, la stratégie d’adaptation consistant à renforcer l’enneigement artificiel se confronte aux enjeux de réduction des consommations d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre, mais surtout aux impacts environnementaux locaux (création de bassins de rétention, par exemple). Et dans une perspective de hausse des températures, cette solution non soutenable risque de ne plus être viable. L’adaptation des stations de sports d’hiver passera sans doute par un travail de prospective sur l’ensemble des territoires concernés – intégrant développement touristique, autres activités économiques, urbanisme, cadre de vie, etc. – visant à penser et anticiper la diversification et à faire évoluer l’image de la montagne en hiver. Un appui financier et d’ingénierie destiné aux stations les plus vulnérables sera sans doute nécessaire. Enfin, n’oublions pas le tourisme estival en montagne qui pourrait gagner des clientèles recherchant la fraîcheur (montée du climatisme), mais perdre quelques activités emblématiques (fin de l’alpinisme glaciaire).

Au-delà des impacts directs du climat, le tourisme pourrait être indirectement perturbé par les effets du changement climatique sur les ressources du territoire : mutation des paysages, parfois emblématiques, limitation d’accès aux espaces naturels due à l’accroissement du risque d’incendie, surcoût de la préservation des plages dans un contexte d’élévation du niveau de la mer, conflits d’usage sur les ressources en eau, risques épidémiologiques, etc. Mais, si les images associées aux destinations pourraient être écornées par ces changements ou conflits, les déterminants de l’imaginaire touristique sont trop complexes pour que l’on puisse réellement prévoir l’effet sur l’attractivité des destinations.

Zoom 9. DES CARACTÉRISTIQUES SPÉCIFIQUES DES ÉMISSIONS DE GES DU TOURISME RÉGIONAL

Le tourisme contribue à l’effet de serre avec les émissions liées principalement au transport des vacanciers de leur domicile vers le lieu de séjour et, dans une moindre mesure, sur ou à proximité du lieu de vacances, à l’hébergement et à la pratique d’activités. Le tourisme en Provence-Alpes-Côte d’Azur se distingue en termes de répartitions de son impact selon ses composantes : la part des transports, généralement de l’ordre de 75% des émissions de GES du tourisme, a été évaluée à 67% dans la région. L’éco-efficacitéde l’activité est meilleure, comparée à d’autres régions touristiques grâce à une relative proximité de ses marchés émetteurs, une bonne desserte en train (à nuancer peut être pour les zones alpines) et un tourisme intra-régional important. Ce constat n’exonère pas de poursuivre les efforts, en améliorant les dessertes locales (le fameux « dernier kilomètre »), en promouvant les transports doux, en maîtrisant les consommations énergétiques dans l’hébergement, en particulier dans les stations de montagne et certains centres de vacances du tourisme associatif… mais aussi en évitant des stratégies d’adaptation énergivores, comme par exemple de généraliser la climatisation pour faire face aux excès de chaleur estivaux.

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